Communiqués de presse
Il est urgent de créer une agence de notation européenne indépendante.
22 décembre 2010
L’une après l’autre, les agences de notation sont en train d’abaisser ces jours-ci ou bien de mettre « sous surveillance négative », les notes des pays européens les plus fragiles dans la crise : Portugal, Irlande, Grèce, Espagne. En faisant ainsi, elles aggravent une fois de plus les difficultés de ces pays, elles encouragent la spéculation, elles compromettent les chances de réussite des plans de redressement déjà très draconiens imposés à leur population.
Les avis formulés par ces agences continuent à faire autorité absolue sur les marchés, c’est-à-dire à forcer les financiers à en tenir compte. Tout gestionnaire de fonds qui doit détenir une proportion d’actifs au dessus d’une note déterminée se voit obligé de se séparer d’obligations de pays dont la dette est diminuée, en les vendant à un prix abaissé, ce qui génère une hausse de taux d’intérêt pour les emprunts. Ce système est pervers, puisque les chefs d’Etat ont réaffirmé leur soutien à tous les pays de l’Union Européenne. Il aboutit en réalité à générer des profits abusifs au bénéfice de ceux qui acquièrent des titres nouvellement émis par ces pays et au détriment des peuples qui doivent assumer le surcoût de ces dettes.
Quand aux trois grandes agences, sont-elles aussi indépendantes et objectives qu’elles l’affirment ? Bien que toutes trois américaines, elles n’ont vu venir ni le scandale d’Enron – avec des comptes truqués – ni le piège implacable des subprimes aux Etats-Unis – classés AAA jusqu’au bout ! Payées par ceux qu’elles notent – essentiellement les grandes entreprises – ce qui comptent pour elles c’est d’être du même avis, c’est-à-dire d’avoir raison ou tord mais en même temps. Leur méthodologie est également contestable et manque de transparence. Habituées à utiliser les données financières des entreprises, elles n’apprécient pas correctement la situation des Etats et leurs données ne sont pas suffisamment à jour.
Il y a quelques jours l’Union Européenne est tombée d’accord pour renforcer plus étroitement le contrôle des agences à partir de janvier prochain. Le parlement, la commission et le conseil chargent le nouveau superviseur des marchés financiers (l’Esma) de diligenter s’il le faut des enquêtes sur ces agences et éventuellement de leur infliger de lourdes amendes. C’est un premier pas important, appréciable, résultant d’un compromis difficile à atteindre, mais il est bien loin d’être suffisant.
L’urgence est d’imposer la création d’une agence de notation européenne qui bouscule le paysage et crée du pluralisme dans les évaluations. Elle doit être de statut international mais sans être sous l’autorité des Etats car elle doit pouvoir être totalement indépendante de l’avis des gouvernements dont on sait combien ils privilégient des prévisions « très optimistes », comme c’est le cas avec la croissance de 2 pour cent prévue par Bercy pour la France en 2011. Cette agence pourrait être placée auprès d’Eurostat (l’Insee européen) et travailler notamment en dialogue avec la Banque Centrale Européenne. Sa méthodologie doit être rendue publique. Ne soyons pas simpliste pour autant. Elle pourrait aussi se tromper (moins souvent quand même, on peut l’espérer !). Elle ne remplacera pas l’effort indispensable de solidarité renforcée avec la mutualisation d’une partie des obligations des dettes des Etats (les euro-bonds), une convergence courageuse des politiques économiques et fiscales, un rapprochement des normes sociales.


